Ce n’est finalement plus de la rage que je ressents envers notre société. Ce sentiment s’est atténué pour laisser place à la douce sensation d’avoir simplement compris que ma place n’était pas au sein d’un tel monde. Je ressens également de la pitié pour ceux qui toute leur vie travailleront sans jamais oser franchir le cap de l’abandon des obligations liées au matérialisme. Peut-être sans y avoir même jamais pensé. Tels des moutons de panurges, ils sont fiers d’être de bons rouages huilés de la société. Ils contribuent à son maintien, en échange de quoi la société leur fournit les bases d’un bien-être désuet à court terme, ainsi qu’une illusion de sécurité.

Je choisi de m’enfuir de cette société. Le 31 juillet 2008, je presterai mon dernier jour de travail (au sens où on l’entend habituellement : asservissement et abandon de soi pour compte d’une entité n’ayant que des motifs d’ordre économique). Je commencerai ma vie par six semaines de vacances au sens le plus occidental du terme : farniente et visites dans le sud de la France et de l’Europe. Je me laisserai pousser vers là où c’est beau, tout simplement. Ceci sera nécessaire à une certaine reconstruction de Moi après tout ce travail. Ensuite, retour à Bruxelles afin de vendre ce qui n’aura pas encore pu être liquidé d’ici fin juillet et puis départ pour la Nouvelle-Zélande.

Nous resterons en Nouvelle-Zélande plusieurs mois (nous avons déjà reçu nos visas valables 12 mois à partir de l’entrée sur le territoire), puis espérons trouver un lift en bateau jusqu’à la Nouvelle Calédonie. Nous devrons passer un bout de temps en Australie également, pour d’ici deux ans nous retrouver en asie du Sud-Est (qui sera probablement abordée par l’Indonésie que Nathalie connait déjà bien).

Commençons par la première étape du début de ma vie : NZ. Là, plusieurs plans s’offrent à nous : acheter une camionnette aménagée d’occasion et se bringebaler dedans au fil des routes des îles de ce pays qui promet de nous offrir de magnifiques paysages en est une. C’est une option moins coûteuse à moyen terme que de loger dans des backpackers, et c’est celle qui offre le plus de liberté tout en conservant un confort décent. Plus radicale est l’option de tout faire en stop avec du matériel de camping et compter sur la chance et les rencontres pour progresser sur la route et pouvoir se loger quelques fois sous un vrai toit (la Nouvelle-Zélande est connue pour ses nombreuses averses). C’est une option qui me tente beaucoup mais qui effraie quelque peu Nathalie. Elle me semble pourtant très faisable, surtout avec l’aide de réseaux tels que CouchSurfing ou Hospitality Club. C’est à priori une manière de voyager qui permet d’allier rencontre des locaux et limite des dépenses. Entre ces deux solutions se profile également la possibilité de travailler bénévolement pour différentes organisations de protection de la nature ou dans des fermes bios, en échange du logis et du couvert. Etant écolo dans l’âme, cette solution me tente beaucoup également, bien qu’elle présente l’inconvénient non négligeable de limiter nos déplacements.

A vrai dire, les trois options me tentent toutes autant l’une que l’autre. Elles présentent chacunes leurs avantages et inconvénients selon le pont de vue que l’on analyse : économie, autonomie, rencontre avec les locaux, confort, découverte…

Nous ne savons donc pas vers quoi nous nous dirigeons exactement, et pour être franc nous nous en soucions peu. Il est probable que notre voyage présente les différentes facettes évoquées ci-dessus, et c’est tant mieux. Nathalie, qui a déjà pas mal voyagé à l’inconnu, soutient que lorsqu’on est en voyage, le hasard finit toujours par bien faire les choses. Il suffit de s’écouter, de suivre les signes et d’être ouvert aux rencontres. J’ai peu de mal à le croire. J’ai fréquemment constaté à quel point le simple fait de partir trois jours sur la route modifie totalement la manière dont j’appréhende le monde, dont je me repère dans l’espace et avec laquelle je perçois les gens. Une fois libre, toutes les sensations semblent magnifiées d’un facteur 10.

Vivement l’accès à ma liberté… plus qu’une vingtaine de jours.

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Je ne déteste même pas mon travail. J’ai une fonction valorisante. Je dirige une équipe de 25 personnes, je suis leur confident, j’essaie d’améliorer leur travail, de le rendre plus facile, plus agréable, plus rentable aussi. Le big boss me fait confiance. Je suis écouté et respecté.

En sus de la ressource humaine et des chiffres, je réalise un bon paquet de tâches opérationnelles de terrain qui me permettent de mettre à profit mes côtés masculin et agricole. Chaque partie de moi est ainsi valorisée.

Néanmoins, c’est de liberté que je rêve. Oui, ce mot revient à chaque paragraphe. Je ne parviens pas à m’en défaire. Donnez-moi un week-end passé dans une ville à l’étranger, à loger dans un camping, et je sens revivre des parties de moi dont je ne connaissais même plus l’existence.

Parfois je me demande quelle est la limitation personnelle qui m’empêche de vivre pleinement la liberté au jour le jour, engoncé dans mon quotidien citadin. Car en effet, on est en droit de se poser la question : ce qui m’empêche d’accéder à un sentiment de liberté au quotidien vient-il des conditions extérieures, ou vient-il des tréfonts de mon âme?

Qu’ai-je à cacher qui ne puisse sortir que loin de ce qui me connait?

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