J’ai depuis une semaine le loisir de ne plus travailler qu’une vingtaine d’heures hebdomadaires. * Quel changement. La vie à l’occidentale en deviendrait presque supportable. Je dis bien presque, car en réalité cet avant-goût de liberté ne fait que me rendre un peu plus sauvage chaque jour. Il me devient difficile de me contenir face à la bêtise de mes deux patrons. D’autant plus qu’ils jouent leur coup classique de vouloir dévaloriser la qualité de mon travail, ne pouvant supporter qu’un individu exerce sa liberté de partir, préférant donner l’impression que la décision de mon départ viendrait plutôt d’eux-mêmes. Quoi de plus fabuleux que la mauvaise foi patronale…

J’ai découvert le chouette blog de deux français qui sont partis cette année passer plusieurs mois en Nouvelle-Zélande, selon exactement le même schéma que celui que moi et Natha avons l’intention de suivre : à savoir l’achat d’un van aménagé dès l’arrivée sur place, sillonner les routes en entrecoupant les trajets de randonnées dans les magnifiques parcs nationaux du pays, de séjours en wwoofing ** et, s’il le faut pour préserver notre réserve d’argent, de participation à divers travaux saisonniers de cueillette. La découverte de leur blog m’a permis de récupérer un peu d’énergie pour tenir le coup durant les trois semaines qui me restent à tirer, en me permettant de me projeter plus concrètement dans l’avenir.

J’ai bien conscience de ne transmettre que peu de choses positives dans l’écriture actuelle de ce blog et, pour tout dire, je déteste parler ainsi négativement de la situation dans laquelle je me trouve encore, puisqu’in fine j’arrive enfin au point que j’attendais depuis des mois et que, bon sang, cette situation N’EST PAS, objectivement, si terrible. Il y a des gens qui crèvent de faim pendant que je me tape trois restos par semaine. Je crois simplement que j’en suis arrivé à un point où tellement d’énergie à été dépensée à me battre contre l’hypocrisie, la malhonnêteté, les mensonges et l’emploi du temps me coupant de tout loisir et de toute vie sociale, que les limites de l’optimisme et de la confiance en l’avenir qui me caractérisent d’ordinaire ont été atteintes. Fort heureusement, mes fonctions intellectuelles sont petit à petit en train de se remettre à fonctionner et j’espère pouvoir adopter un ton plus positif très prochainement. Après tout, le but premier de ce blog est de montrer à tous qu’il y a une porte de sortie, une échappatoire heureuse à ce qu’on veut nous faire vivre.

* Ceci durera jusqu’à ma libération complète le huit août. C’est un arrangement “à l’amiable” convenu avec mes geôliers, en quelque sorte.

** Le wwoofing (de WWOOF : WoldWide Opportunities on Organic Farms) est un système mettant en relation des agriculteurs bio et des voyageurs itinérants prêts à rendre quelques services au sein d’une ferme. Les intérêts de ce système sont multiples : ils permettent aux voyageurs de vivre avec les habitants du pays qu’ils visitent et de s’initier aux pratiques de la culture biologique, tout en se voyant offrir le gîte et le couvert pour un travail d’une durée de quatre à six heures par jour maximum.

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Et voilà. Ma démission est donnée, les arrangements concernant mon départ sont fixés.

Dès le 09 août, je serai un homme redevenu libre de toute attache : sans emploi, sans logement, sans obligation autre que celle de trouver à manger pour survivre et un toit pour la nuit.

A l’annonce de mon départ, plusieurs membres de mon équipe m’ont appellé pour me demander ce que j’allais faire… j’avoue avoir eu de la peine à leur expliquer ma manière de voir la vie de manière totalement exhaustive. Je ne tiens ni à les remonter contre mon entreprise ni contre la société en général. Après tout, la vie est bien plus simple quand on suit le chemin qui nous est tracé par les contraintes sociales. Je ne tiens pas non plus à passer pour un manager qui a pêté les plombs ou pour un aventurier qui aurait compris des choses extradordinaires. J’ai presque envie de leur dire que j’ai trouvé un poste plus intéressant ailleurs, pour ne pas trop les bousculer. Je ne suis plus comme je l’étais lorsque, adolescent et jeune adulte, j’avais envie d’ouvrir les yeux des gens afin de les pousser à créer le désordre. Après tout, qui suis-je pour définir ce qui est bien ou mal, supportable ou souhaitable, vivable ou invivable? Chacun a sa propre réalité dans laquelle il trouve ses manières propres de s’épanouir ou non. Chacun est responsable de soi. Je ne détiens aucune vérité universelle qui pourrait raisonnablement me pousser à faire changer les gens.

C’est prioritairement un besoin égoïste que je satisfais en abandonnant tout. J’ai besoin de me sentir détaché de tout, de ne plus avoir de contrainte. C’est un besoin vital qui chez moi va même jusqu’à ne plus supporter le poids des vêtements sur mon corps. Je ressens chaque attache comme un fardeau. Je me suis rendu compte que bon nombre des poids qui m’étreignent découlent de la vie à l’occidentale. Produire pour consommer. S’engager pour la durée. Etre modéré dans ce que l’on exprime. Ne pas faire de vagues. Etc. Je quitte tout ça. Je quitte tout. Je vais vivre comme une simple particule atomique : unique, légère, libre.

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