Préambule : lorsque je parle de travail, je désigne bien sûr le salariat, l’asservissement à temps plein pour le compte d’une entreprise qui nous considère comme une vulgaire ressource (humaine), au même titre que ses machines ou ses avoirs bancaires. Je ne désigne donc pas le fait d’effectuer un labeur physique ou intellectuel au sens large.

Travail-o-cubes

Je voudrais faire l’apologie de la farniente. La farniente au sens où je l’entends, c’est-à-dire se consacrer du temps à soi-même, aux plaisirs de la vie et aux gens qu’on aime.

Franchement, qui a encore le temps de faire ça avec le rythme de vie auquel nous sommes tous soumis à l’heure actuelle? Bien sûr, je connais quelques personnes qui, en apparence, ont l’air de continuer à profiter de la vie malgré leur travail harrassant, et leurs horaires abrutissants. Mais tous, sans exception, le font de la même manière : en sortant plusieurs soirs par semaines et en se démontant la tête dans des bars et boites. Ils boivent et dansent toutes les nuits pour oublier. Sûr, ça fonctionne… j’ai eu ce mode de vie pendant un temps également. Toujours en boite, toujours bourré. Et il est vrai que ce système me permettait de tenir le coup. Et chaque matin je retournais faire ce que la société attendait de moi : être un bon petit soldat, productif et obéissant. Mais au final, en vivant ainsi je ne faisais que m’emplir de bruit et d’un trop-plein de sensations diverses et variées pour combler le vide profond dont ma vie intérieure faisait preuve, annihilée par le travail. Le soir venu, plus bon à rien, je sortais m’électriser. Je ne faisais, in fine, qu’entretenir l’état d’abrutissement dans lequel mon emploi me retenait.

Le travail me volait le temps et l’énergie dont j’aurais eu besoin pour penser à moi, créer, envisager de nouvelles possibilités, découvrir, imaginer… Comment avoir encore du tonus mental lorsqu’on vient de passer 8 heures devant Excel avec des collègues qui, eux aussi, n’ont plus une once d’énergie vitale?

Nous gardions simplement la tête hors de l’eau, voilà tout.

Comment est-il possible que les hommes se soient laissé voler l’entièreté de leur temps libre au profit des entreprises? Du lever au coucher du soleil, on attend de nous d’être occupés à servir une entreprise, au lieu de consacrer ce temps à prendre soin de nos propres vies. Au cours du temps que dure une journée, je pourrais m’occuper de mon potager et de mes quelques bêtes, aller me promener, écrire, éventuellement effectuer quelque prestation rémunératrice pour autrui… mais travailler? Alors là, quelle drôle d’idée!

On aurait peine à le croire, mais je pense que l’époque du servage n’est finalement pas si loin. Oh, il y a bien sûr quelques différences. La principale étant que pour garder le bétail motivé à la tâche, le système fonctionne moins sur le principe de la peur des représailles, désormais remplacé par le principe de la récompense. On nous a créé des biens de consommation qui nous apportent des gratifications immédiates. Le marketing entretient notre illusion de besoin de ce type de gratification. Alors on bosse. On bosse pour s’offrir des plaisirs dont on n’a pas besoin et on gâche notre temps, cette chose si précieuse, pour acheter les friandises que ceux qui ont besoin de nous nous ont créées pour nous garder à leur serf-vice. Nous ne sommes donc que de vulgaires chiens, prêts à ramper devant leurs maîtres pour un morceau de saucisse. Pour un peu, nous dirions presque merci lorsque le salaire tombe à la faim du mois. Il faut le faire! Les hommes ont perdu toute dignité depuis le jour où ils ont accepté qu’il y ait des dirigeants et des exécutants.

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Commentaires

Un commentaire to “A votre serf-vice, chef!”

  1. Odysseus on December 22nd, 2008 11:38 pm

    Bonjour.
    Je poste ici un commentaire mais en fait j’ai beaucoup aimé votre blog. Vous apportez quelque part de l’eau à ùmon moulin. Etant chomeur non par obligation mais par choix (pour l’instant) j’ai d’enormes difficultés à exprimer mes sentiments sur le monde du travail tel qu’on le retrouve le plus généralement.
    Continuez votre blog et donnez des nouvelles et vos reflexions.

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