Etre manager est moralement bien plus difficile à supporter que d’être un simple exécutant.

Le manager est contraint d’obéir aux désidératas loufoques, immoraux ou simplement illégaux du patron et de les répercuter sur son cheptel d’exécutants.

Mon patron voudrait que je mente à mon personnel. Il voudrait aussi que je mente aux personnes que je recrute lors de nos entretiens d’embauche. L’entreprise pour laquelle je travaille bafoue allègrement les règles sociales en vigueur dans notre pays, et compte sur moi pour imposer ces choix à mon équipe en les faisant passer pour des aléas normaux de la vie active. Ces décisions, je serais bien incapable de les cautionner. Je conteste donc haut et fort chacune des décisions immorales de mon patron, ce qui cause des disputes de plus en plus violentes dans le bureau. La plupart du temps, ces disputes ne mènent à aucun changement. Je suis alors contraint de m’isoler avec le travailleur concerné afin de lui expliquer ses droits et comment les faire valoir face à l’entreprise. Quand je n’ai pas la possibilité de le faire (mon équipe est composées de personnes qui passent leur temps sur la route), je le fais depuis mon adresse e-mail personnelle. Je passe donc à présent la moitié de mon temps à faire mon travail, et l’autre moitié à tenter de défendre les intérêts de mes subordonnés face à l’entreprise qui m’embauche.

Psychologiquement, ma situation est intenable. Entre disputes, résistance et cachoteries, chaque nuit mes rêves et cauchemards ressassent mes journées de travail.

Je vais foutre le camp de là, mais pas sans créer une belle implosion auparavant.

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